L008 - Londres, vendredi 7 février 1783

L008 - Londres, vendredi 7 février 1783

[A sa femme]
A Londres, ce vendredy 7 février 1783.

Ma chere et très bonne amie,

J’ai reçu ton no 4 et 5 presque en même temps. Je suis enchanté d’apprendre que mon fils ainé s’occupe un peu. Je désirerois fortement qu’il empruntat des livres d’histoires. Mon petit avocat Coulabin pourroit lui en procurer. Il est arrivé ici un ministre de France qui est le chevalier de Moutier. Je le connois et il étoit anciennement de notre club. Je compte lui parler de mon fils pour qui puisse le recommander a l’Ambassadeur qui viendra ici pour signer la paix. Je souhaite que le choix tombe sur un seigneur de ma connoissance. 

Si je puis réussir, je crois que cet Etat en vaudroit bien un autre. Je me réjouis très fort que Danican soit comme placé, et si ma soeur peut réussir auprès de Mme de Civrac pour Frédéric, nous nous trouverons un peu soulagé l’année prochaine. J’attends avec impatience, la 1re poste pour savoir la reception de mon billet de change que j’espère que tu aura reçu assez a temps pour payer Mr Greux. Je suis bien aise que mon fils me donne des nouvelles des spectacles. Il peut même m’écrire, mais point d’enveloppe sur tout : il faut être econome. Ma dépense jusqu’a ce jour est près de 25 Louis depuis mon départ de Paris, en y comprenant mon voyage. Le comte de Bruhl me doit 7 guinée et Mr Conway 12, et j’attends avec impatience qu’il songe a me payer. Alors je pourrois t’en envoyer les deux tiers. J’espere que cela ne tardera plus. Ce seroit toujours un petit soulagement en attendant mieux.

Vous avez su la signature de la paix plus tôt que nous a Paris puisqu’elle a été signé a Versailles, mais nous avons su plus tôt que vous les articles. L’indépendance de l’Amerique est un point essentiel. Si ces bons républicains reste nos amis, voilà ce que nous y gagnons, et plus de commissaires anglois a Dunkerque, chose qui étoit avilissante pour la nation. Les Anglois cède aux Espagnols les Florides et Minorque, et les Espagnols permette aux Anglois des établissemens dans la baye d’Honduras pour y couper du bois de campêche tant qu’ils voudront. 

La pêche du banc de Terre Neuve, a peu près comme a la dernière paix, un peu moins avantageuse pour nous. Dans l’Inde, un arondissement que les Anglois nous cède autour de Pondichery, et les Anglois garde aux Hollandois des possessions plus avantageuses que ce qui nous donne aux Isles. Tout sera sur le même pied que la dernière paix, si ce n’est l’Isle de Tabago que nous gardons mais où il existera un port franc pour les deux nations.

Au sujet de Lady Craven, il ne faut pas que tu croye que le mari donnoit carte blanche a sa femme. Il y a eu plusieurs petites brouilles, mais cela se raccommodoit. Le mari ne savoit pas ce que tout le public connoissoit.

Je te prie de faire bien des amitiés de ma part a Silvestre et attendre les propositions de Mr de la Borde. Je t’avoue sincerement que j’aimerois mieux garder Philidor a Paris ou en France, s’il se sent assez de force pour s’appliquer à l’étude. Je me porte bien et suis pour la vie avec toute la tendresse et l’attachement le plus amoureux ton très cher et meilleur ami.

A. D. Philidor

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